dimanche 27 juillet 2008
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Crédit photo : LES ASSISES EUROPEENNES DU PAYSAGE Durant trois jours alternant séances plénières et ateliers mobiles, les 2èmes Assises Européennes du Paysage mettront en lumière des actions concrètes de protection du paysage. C’est l’occasion de donner la parole à deux experts, Antoine DE BOISMENU, Directeur Général de la FNSAFER et François-Xavier MOUSQUET, architecte-paysagiste, membre actif de la FFP du Nord-Pas-de-Calais, qui animeront respectivement l’atelier « Foncier, Nature et Paysage » (2 juin) et « Lagunage et reconversion d’un site minier à Harnes » (31 mai), mais également de recueillir les témoignages de deux des organisateurs, Teresa Andresen, Présidente de la Fondation européenne pour l’architecture du paysage (EFLA), et Pierre-Marie TRICAUD, Président de la Fédération Française du Paysage.
3 QUESTIONS A
Antoine DE BOISMENU
Directeur général de la FNSAFER (Fédération Nationale des Sociétés d’Aménagement Foncier et d’Etablissement Rural), regroupant les SAFER, structures qui gèrent, sur l’ensemble du territoire français, les échanges fonciers, notamment pour protéger le patrimoine agricole.
Antoine de Boismenu animera sur les 2èmes Assises Européennes du Paysage un atelier sur la surconsommation du foncier en France et les soucis rencontrés pour faire coexister harmonieusement les politiques agricoles et de logement, les besoins en infrastructures, en espaces naturels…
1/ Vous êtes partenaire des Assises. Estimez-vous que la réflexion sur le paysage soit de dimension européenne ? Qu’en attendez-vous ?
Les Assises sont particulièrement importantes car elles permettent de prendre en compte les expériences en faveur du paysage réalisées à l’étranger. En effet, si la France est globalement en avance, elle accuse un certain retard en particulier sur les pays du Nord de l’Europe en matière d’écologie et de protection de l’environnement, sur l’Allemagne pour l’architecture ou sur les Pays-Bas dans la gestion du paysage. Les Assises permettront de prendre ces expériences en compte et de les diffuser pour agir avant qu’il ne soit trop tard.
2/ En France, vous êtes à l’initiative d’un Manifeste pour les Paysages. Pourquoi une telle action ?
Force est de constater qu’il existe en France une grande consommation du patrimoine foncier, et à un rythme échevelé. Le paysage urbain rogne peu à peu les terres agricoles, le plus souvent de manière totalement anarchique, sans aucun projet de territoire, ni souci de cohérence entre urbanisme et architecture. Il y a deux ans, nous avons publié un livre blanc pour alerter l’opinion comme les décideurs. Le Manifeste s’inscrit dans la continuité de cette action. Parce que chaque époque crée ses paysages, il faut dès maintenant se projeter dans l’avenir et se demander quel héritage nous laisserons à nos enfants. Notre but n’est pas d’obtenir une loi, l’arsenal législatif existant est suffisant, mais il faut une prise de conscience collective pour une mobilisation et une action efficace de tous les acteurs concernés.
3/ Les architectes-paysagistes français ont pris l’initiative des Assises. Pensez-vous que ce rendez-vous puisse contribuer sensiblement aux Etats Généraux du Paysage prévus en février 2007 ?
Le but de ces Etats Généraux est de mettre sur table, en regroupant tous les acteurs concernés, les préoccupations sur la gestion du paysage. A ce titre, l’apport technique des architectes paysagistes est primordial. Le paysage est également une science qui se construit. Leur contribution sera sans aucun doute, notamment grâce aux Assises, l’une des plus abouties des Etats Généraux. La Fédération Française du Paysage (FFP), qui co-organise les Assises, a d’ailleurs travaillé dès le début avec nous sur l’élaboration du Manifeste.
3 QUESTIONS A
François-Xavier MOUSQUET
Architecte-paysagiste, membre titulaire de la FFP, Région Nord-Pas-de-Calais, gérant de l’Agence Paysages, François-Xavier Mousquet est un expert reconnu dans les questions de lagunage et vient de recevoir le prix de la Biennale du Paysage (Barcelone) pour son projet de reconversion de l’ancien site minier de Harnes qu’il présentera dans un atelier aux
2èmes Assises Européennes du Paysage.
1/ Dans un contexte où le paysage connaît un tel succès que tout le monde s’en empare et s’autoproclame compétent en la matière, quels sont, selon vous, les enjeux actuels et à venir de votre profession ?
Depuis une trentaine d’années, la profession d’architecte-paysagiste a en effet su s’affranchir du « jardin » et conquérir d’autres sphères plus globales. Nous avons désormais un vrai rôle à jouer dans un projet d’aménagement urbain au sens large du terme, au même titre que les architectes et les urbanistes, et sommes sollicités bien en amont. Nous apportons des réponses concrètes sur un territoire et sa valorisation, au même titre que tous les intervenants de la filière.
Ces enjeux sont-ils vraiment de dimension européenne ? En effet, le paysage ne s’arrête pas aux frontières des états, il doit être maintenant considéré à l’échelle européenne.
2/ Dans le cadre des 2èmes Assises Européennes du Paysage, vous animez un atelier sur le thème de la gestion de l’eau intitulé « Lagunage et reconversion d’un site minier à Harnes ». De quoi s’agit-il ?
C’est un sujet qui illustre bien le propos de ces Assises : « un projet pour la planète ». La reconversion du bassin minier de Harnes (62) est basée sur le principe du lagunage, qui est en fait une technique ancestrale d’épuration naturelle des eaux sales. Cette zone était une friche industrielle de 7 hectares, plus basse que le niveau du canal, du fait des "affaissements miniers". Cette zone menaçait régulièrement de déborder, au risque de noyer et de polluer la ville de Noyelles notamment. D’ailleurs, un important dispositif de pompes veille, en permanence, à limiter cette éventualité.
Le site de Harnes a donc été entièrement remodelé en une succession de bassins de décantation arborés où la faune et la flore ont repris possession des lieux dans un cycle naturel. Au-delà de la reconversion proprement dite, notre travail, et c’est en cela qu’il est intéressant, a su redonner une multitude de dynamiques au paysage.
En effet, sa requalification a su favoriser la biodiversité avec l’apparition de nombreuses espèces jusque là disparues. Elle a également donné un rôle touristique à la friche qui désormais se visite. C’est aussi devenu un lieu pédagogique et écologique où l’observation de la faune et de la flore est régulièrement organisée pour le grand public, les écoles et les associations de protection de la nature. Enfin, un circuit serpentant entre les bassins a été créé pour favoriser la pratique de sport dans cette nature reconstituée. A moyen terme, nous envisageons même d’y créer un bassin de baignade naturel.
3/ Vous avez été récemment primé à la Biennale du Paysage à Barcelone pour ce projet. La gestion de l’eau est-elle, selon vous, préoccupante ? En quoi les questions écologiques sont-elles déterminantes pour le paysage de demain ?
Notre projet a été lauréat de la Biennale du Paysage parmi 450 autres. Il a également reçu le Prix du Public, ce qui nous tient particulièrement à coeur. Cela prouve en effet que la gestion de l’eau est devenue une préoccupation dont dépend la survie même des espèces. Car les projets de lagunage peuvent s’adapter à une très grande quantité de terrains : les friches commerciales, les anciennes zones d’autoroute, ou tout autre lieu désaffecté.
En permettant de reconstituer des fonds de vallées, qui ont presque entièrement disparu du paysage français, le lagunage est une solution économique à privilégier pour donner un sens au milieu dans lequel l’homme est amené à évoluer demain.
3 QUESTIONS A
Teresa ANDRESEN
Teresa Andresen est la Présidente de la Fondation européenne pour l’architecture du paysage (EFLA) qui regroupe les associations nationales d'architectes-paysagistes de l’Union Européenne, de l’Espace Economique européen, de la Suisse et des pays d’Europe centrale candidats à l’Union Européenne. Elle vise à promouvoir la profession à l’échelon continental, à la représenter auprès des institutions et autres organisations pan-européennes, et à diffuser efficacement des informations tant au sein qu’à l’extérieur de la profession.
1/ L'EFLA coorganise les 2èmes Assises Européennes du Paysage : quelle est son implication dans ce partenariat ?
Cette conférence est la deuxième au niveau européen. Le projet prend place en deux étapes. L’EFLA a fait la coordination de la première étape, qui a consisté en l’organisation de séminaires par les associations membres de paysagistes dans les différents pays. Le sujet de ces séminaires était le projet de paysage et l’aménagement durable du territoire. Ces séminaires constituent une contribution à la seconde étape, qui va maintenant se tenir à Lille. Les Assises comptent aussi sur l’appui de la Fédération Internationale des Architectes du Paysage.
La façon d’aborder le développement durable dans l’aménagement et la gestion du paysage est différente entre les pays. Elle dépend des standards techniques de chacun et aussi des différentes évolutions de l’architecture du paysage que chaque pays a vécues au travers du vingtième siècle. Et bien sûr, des problèmes locaux ainsi que des conditions sociales qui comportent des dimensions assez diverses. Nous attendons des Assises de mieux comprendre, à partir de l’ensemble des expériences, les opportunités et les conditions pour atteindre le développement durable au niveau du paysage de l’Europe.
2/ Peut-on parler de "paysage en Europe" ? La diversité des pratiques, en particulier entre le nord et le sud, ne limite-t-elle pas cette appellation?
«Paysage en Europe», cela veut dire diversité. Cela veut dire héritage de beaucoup de siècles pour bâtir une relation avec la nature. Aujourd’hui, paysage veut dire transformation – intense transformation.
Ma génération a déjà témoigné de plus de transformations du paysage qu’aucune autre. Et, pour les paysagistes, c’est un défi permanent qui réclame de nous et de beaucoup d’autres professionnels une immense capacité d’innovation et d’humilité. Ce rêve d’un projet européen, né depuis la deuxième guerre, implique un rapprochement entre le nord et le sud, entre l’est et l’ouest – entre les extrêmes. Rapprocher les cultures atlantiques et méditerranéennes, les cultures continentales et maritimes en même temps que les frontières entre la ville et la campagne deviennent de plus en plus faibles. Voici, en très peu de mots, la leçon qu’on veut apprendre pour une pratique professionnelle de la durabilité et du dialogue.
3/ Comment voyez-vous l'avenir des Assises Européennes?
L’avenir des Assises est de se maintenir comme un forum européen qui aborde le paysage à différents niveaux, comme une façon de garder un regard attentif sur les politiques européennes qui aujourd’hui font ou influencent le futur de nos paysages. Les Assises sont une opportunité pour trouver des synergies en vue d’une contribution à une pratique professionnelle pour un paysage plus consistant et capable d’intégrer les différences. A ce jour, d’autres associations nationales de paysagistes ont déjà manifesté leur intérêt à prendre en charge ce projet dans la prochaine édition.
3 QUESTIONS A
Pierre-Marie TRICAUD
Pierre-Marie TRICAUD est le Président de la Fédération Française du Paysage, co-organisateur des 2èmes Assises Européennes du Paysage. Créée en 1982, la FFP qui regroupe 500 membres, soit un quart des architectes-paysagistes, est reconnue comme le représentant de l’ensemble de la profession en France et le principal interlocuteur pour aborder les questions de paysage.
1/ Pourquoi avoir élargi les Assises du Paysage à l'Europe ? Et quel est le rôle de la FFP?
La FFP organise les Assises à l’échelon français depuis 1984. Au départ, il s’agissait de réunir les professionnels pour définir une vraie politique de paysage cohérente dans notre pays. Deux autres éditions ont eu lieu en 1994 et 1997. En 2001, constatant qu’il n’existait pas de réel événement européen organisé par la profession qui permettrait d’avoir une réflexion globale sur le Paysage, la FFP a décidé d’élargir l’événement en invitant, pour ces premières Assises européennes, des professionnels de plusieurs pays voisins.
Cette seconde édition est encore plus européenne, avec une moitié d’intervenants étrangers et le choix de Lille, ville frontalière. Afin de préparer cette réunion depuis 2003, des étapes nationales ont été organisées dans de nombreux pays d’Europe.
La FFP a donc été l’initiateur de ce concept, qui n’existait pas jusqu’alors à un niveau européen.
2/ Vous parlez de projet de paysage dans une volonté de protéger la planète. Qu'entendez-vous par projet et comment cette démarche peut-elle intervenir dans un processus de protection de la planète ?
Par définition, un projet consiste à imaginer, dans l’avenir, ce qui n’existe pas encore. Il s’agit de créer, d’accomplir une œuvre. Ce terme fait donc partie intégrante du vocabulaire des architectes-paysagistes. A l’inverse, l’idée de protection est tournée vers le passé : on préserve ce qui existe déjà.
Néanmoins ces deux termes, que l’on retrouve dans le thème des Assises, « Protéger la planète, le projet du paysage », sont loin d’être antinomiques : le monde autour de nous évolue en permanence et, pour protéger l’environnement des attaques des hommes et du temps, il faut parfois savoir le transformer, par exemple par des projets de réhabilitation de sites endommagés, par le recours à des énergies nouvelles comme les éoliennes… Ainsi, les architectes-paysagistes ont un rôle important à jouer dans le développement durable.
3/ Par rapport à l'écologie et à l'environnement, comment se situe le projet de paysage?
Les architectes-paysagistes ont toujours été très attachés aux questions d’environnement, même s’ils ne confondent pas environnement et paysage et ne veulent pas être assimilés à des environnementalistes. Soucieux d’élaborer des projets de qualité, ils incluent dans leurs réalisations des préoccupations écologiques, comme la biodiversité. De la même façon, l’écologie se nourrit également de leur action en admettant désormais que l’évolution du paysage peut lui être bénéfique si elle est menée intelligemment. Ecologie et paysagisme constituent des approches différentes mais complémentaires du monde qui nous entoure, qui ne peuvent désormais plus être conçues l’une sans l’autre.
Sites Internet :
www.efla.org/txt/efla/ENlandscapepresentation200306.pdf
www.efla.org/txt/efla/InscriptionResaHotelsEN.pdf
www.europepaysage.com
Source : Cabinet Verley
3 bis rue de l'Aigle - BP 89 - 92254 La Garenne Colombes Cedex
Tél. : (+33) 01 47 60 22 62 - Fax : (+33) 01 47 81 38 68
E-mail : cabinet.verley@wanadoo.fr
Site web :
http://www.cabinet-verley.com
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