lundi 15 mars 2010 Le portail des Métiers de l'Habitat, de la Construction et de l'Immobilier
Conseil Régional d'Ile de France - 26/03/2009 12:51:45
Le suspense est en partie levé : ce 17 mars, dans la Cité de l'Architecture du palais Chaillot, les dix équipes d'architectes et urbanistes participant à la consultation internationale sur le Grand Pari(s) ont pu, en quelques minutes, dévoiler une part du travail qu'elles ont engagé depuis des mois. Qu'en faire ? Que faire ? Ces questions restent largement ouvertes après une longue journée en demi-teinte.
Saluons d'abord cet exercice inouï pour des créateurs : ignorer le sort final réservé à leurs travaux et néanmoins créer avec autant de générosité n'est pas si courant ! Le Président de la République a tenu à orchestrer à grand bruit la mise en scène de cette commande. Il lui revient de dégager les pistes puisqu'aucune réponse n'a été apportée par l'Etat le 17 mars sur les retombées effectives de ce travail. Une réponse adaptée est donc attendue le 24 avril prochain, même lieu, même heure, un Secrétaire d'Etat en moins. Mais pour être au niveau de la question posée, penser le fonctionnement d'une métropole européenne « post-Kyoto » suppose à la fois de bâtir et de réfléchir, donc d'en créer les conditions.
La première de ces conditions est celle d'un fort retour au réel. Il nous faut connaître désormais quels seront les moyens financiers affectés par l'Etat maître d'ouvrage, pour ainsi passer de la réflexion au projet, puis à la mise en oeuvre. Or les financements de l'Etat se font attendre depuis trop longtemps pour les projets existants, notamment pour améliorer les transports collectifs. Il nous faut connaître la méthode : loin du modèle bonapartiste mis en avant de façon récurrente par Christian Blanc à Chaillot, la négociation avec l'ensemble des acteurs politiques, sociaux, économiques, avec la sphère professionnelle et celle de l'expertise, est indispensable pour inscrire les projets dans les échelles de temps et les échelles spatiales compatibles avec nos moyens d'action.
La deuxième condition est de penser différemment la gouvernance.
Manifestement, sur ces deux conditions, le Chef de l'Etat hésite. Mieux, il innove avec une figure acrobatique inédite, une sorte de grand écart sur trois jambes. Ainsi le Comité Balladur devait donner sur la gouvernance des réponses compatibles avec les projets du secrétariat d'Etat à la Région Capitale, eux-mêmes en phase avec les propositions issues de la consultation internationale. Seulement, les trois divergent. Là où les équipes parlent métropole à dimension variable, innovation, imbrication, grande échelle...le comité Balladur répond « ancien département de la Seine », dont le périmètre d'ailleurs n'inclut pas les projets cachés/dévoilés de la région capitale ! Et le secrétariat à la région capitale propose en priorité une importante rocade de transports souterrains, là où la plupart des équipes d'architectes préconisent la mise en place de transports collectifs en surface.
Face à cette confusion, le malaise est profond. Il l'est d'autant plus que les travaux dévoilés lors des exposés des équipes sont d'une richesse incontestable. Il l'est surtout parce que personne ne peut nier l'urgence des réponses de grande ampleur qu'il faut apporter à la crise économique et sociale que nous vivons. Or la relance de grands chantiers pour répondre à la fois à cette crise par la création d'emplois, la construction de logements, l'amélioration des transports collectifs est intimement liée à la réflexion sur l'organisation future de l'Ile de France.
Cette crise, le Conseil régional Ile de France, dans sa diversité, l'a anticipée en énonçant les trois défis majeurs de la période qui s'ouvre, lors de l'écriture collective et concertée du schéma directeur de la région Ile de France, ce SDRIF que l'Etat met tant d'énergie à neutraliser, voire à anéantir. Redisons donc aujourd'hui qu'il s'agit d'un défi social, d'un défi environnemental, d'un défi économique. Le SDRIF a les reins assez solides pour traverser les mutations qui s'annoncent, et garantir une assurance globale, une protection pour tous.
Dans ce contexte politique inédit, marqué par le mépris de l'Etat face aux collectivités, par son cynisme dans le jeu institutionnel qui se joue même des règles républicaines de base, les collectivités locales doivent prendre leurs responsabilités et elles le feront.
Parce que la matière est riche et que des projets issus des travaux des équipes lancées dans cette consultation peuvent s'en dégager et sortir de terre. Nous pouvons bâtir, nous pouvons nous appuyer sur les propositions de « green deal » pour les grands ensembles, sur des projets novateurs pour des territoires en bordure de Seine, sur les projets d'infrastructures très innovants qui méritent certainement d'être désormais négociés mais qui ouvrent incontestablement des perspectives. Ainsi les propositions de réfléchir différemment à la transformation de la nationale 7, les positionnements nouveaux de grandes gares, les grandes liaisons vers le Havre ou encore les projets aériens hors de la zone dense. Ainsi les réflexions sur l'imbrication urbain/nature, le rôle des forêts, la gestion différente des déchets...
Nous pouvons nous engager à dégager des moyens financiers, à l'image de ce que font aujourd'hui le Conseil régional Ile de France et les départements volontaires pour mettre d'ores et déjà 12 milliards d'euros sur la table pour un plan transport, sur les 18 nécessaires .
Nous pouvons fabriquer le creuset nécessaire pour prolonger les réflexions engagées, en prenant le temps de mieux les analyser, les confronter, les approfondir et sans doute en négocier certaines. Un tel lieu de brassage, où se croisent les regards des architectes, des universitaires, des professionnels, des élus... est à inventer. Définissons et construisons un lieu de convergence, avec les autres collectivités qui le souhaitent, avec l'Etat s'il en a la volonté.
Il faut aussi y inclure dès le départ une articulation avec les citoyens, fonder un véritable laboratoire de la métropole européenne. Pour y faire éclore un imaginaire positif des mutations urbaines...
Mireille Ferri, Vice-présidente du Conseil Régional d'Ile de France chargée de l'aménagement du territoire.
Source : Service Edition Batipôle.com
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