Le marché du bâtiment à l’horizon 2030 entre reprise et contraintes
Résumé pour les décideurs
Selon Xerfi, le marché du bâtiment se redressera progressivement dès 2026, mais la construction résidentielle resterait limitée, autour de 365 000 logements par an.
Le plan « Relance logement » du budget 2026 vise 400 000 logements/an d’ici 2030 via logement social, investissement locatif et simplification de l’urbanisme. Xerfi prévoit aussi 17,6 millions de m² non résidentiels construits en 2030, avec recul des bureaux et dynamisme de la logistique et des centres de données. En rénovation, les gros travaux monteraient en valeur de 1,5 % à 2 %/an (2026‑2030). Les Certificats d’économie d’énergie (CEE) passeraient de 6 à 8 milliards d’euros/an, tandis que le Dispositif éco-énergie tertiaire (DEET) impose -40 % d’ici 2030 sur une partie d’un parc tertiaire de 1,2 milliard de m².
Le secteur du bâtiment pourrait retrouver une trajectoire de croissance d'ici 2030, mais sans revenir aux niveaux d'activité d'avant la crise. Dans sa nouvelle étude prospective, Xerfi estime que la reprise sera portée par la construction de logements, la rénovation énergétique et certains segments du tertiaire, tandis que les tensions économiques, réglementaires et financières continueront de peser sur l'ensemble de la filière.
Sommaire
- Une reprise du logement attendue mais encore limitée
- L'immobilier tertiaire évolue selon les usages
- La rénovation résidentielle reste confrontée aux arbitrages des ménages
- Les aides publiques continueront à soutenir la rénovation énergétique
- La rénovation des bâtiments tertiaires devient une priorité
- Des marges sous surveillance pour les entreprises du bâtiment
- MaPrimeRénov’ entre recentrage et accès plus sélectif
Bonne lecture !
Une reprise du logement attendue mais encore limitée
Après plusieurs années de ralentissement, la construction résidentielle pourrait renouer avec une dynamique plus favorable. Xerfi souligne que le plan « Relance logement », annoncé dans le cadre du budget 2026, traduit un retour plus marqué de l'intervention publique dans la filière. L'objectif affiché de 400 000 logements construits par an d'ici 2030 repose notamment sur le développement du logement social, l'investissement locatif et la simplification des procédures d'urbanisme.
L'institut reste toutefois prudent. Dans son scénario, la production atteindrait plutôt 365 000 logements par an, un niveau inférieur à l'objectif gouvernemental, en raison d'un contexte économique qui devrait rester fragile. Pour les maîtres d'ouvrage, promoteurs, entreprises de construction et artisans, cette perspective laisse entrevoir une amélioration progressive de l'activité sans véritable retour au rythme observé avant la crise immobilière.
L'immobilier tertiaire évolue selon les usages
Du côté des bâtiments non résidentiels, Xerfi anticipe une remontée progressive de l'activité jusqu'à 17,6 millions de m² construits en 2030, tout en restant en dessous des volumes enregistrés avant 2022.
Les perspectives diffèrent selon les marchés. Les bureaux devraient poursuivre leur recul structurel sous l'effet de l'évolution des modes de travail. Les surfaces commerciales et une partie des bâtiments industriels resteraient également orientées à la baisse. En revanche, la logistique conserverait une dynamique favorable, soutenue par le développement du commerce en ligne et la réorganisation des chaînes d'approvisionnement. Les centres de données figurent également parmi les segments spécifiques qui continueraient à générer des investissements.
La rénovation résidentielle reste confrontée aux arbitrages des ménages
Le marché de la rénovation devrait continuer à progresser en valeur entre 2026 et 2030, avec une hausse estimée entre 1,5 % et 2 % par an pour les gros travaux. Cette évolution ne traduit toutefois pas une augmentation du nombre de chantiers.
La hausse des coûts des devis, les arbitrages budgétaires des ménages et le recul des transactions immobilières limiteraient les volumes d'intervention. Les travaux d'amélioration réalisés lors d'un changement de propriétaire resteraient moins nombreux. Les petits travaux subiraient également la progression du « faire soi-même » sur les opérations les moins techniques, réduisant les opportunités pour certaines entreprises artisanales.
Les aides publiques continueront à soutenir la rénovation énergétique
La rénovation énergétique des logements devrait conserver une dynamique plus favorable que le reste du marché de la rénovation.
Xerfi observe que les difficultés rencontrées par MaPrimeRénov', notamment les suspensions temporaires du dispositif et le durcissement progressif de ses conditions d'accès, ont ralenti les projets ces dernières années. Depuis 2026, les aides ciblent davantage les rénovations globales et les logements les plus énergivores, avec un encadrement renforcé des dossiers.
Les Certificats d'économie d'énergie (CEE) devraient toutefois prendre davantage de poids. L'enveloppe annuelle consacrée au dispositif passerait de 6 milliards d'euros en 2025 à 8 milliards d'euros entre 2026 et 2030. À cela s'ajoute le plan consacré à l'électrification des usages, annoncé en avril 2026, qui pourrait renforcer les aides destinées aux équipements performants.
Pour les installateurs, entreprises du génie climatique et artisans spécialisés dans la rénovation énergétique, ces dispositifs continueront de soutenir la demande malgré un contexte budgétaire plus sélectif.
La rénovation des bâtiments tertiaires devient une priorité
Le parc tertiaire représente l'un des principaux gisements de travaux à l'horizon 2030. Xerfi rappelle qu'il couvre 1,2 milliard de m², dont une large part présente des consommations énergétiques élevées.
Deux facteurs devraient accélérer les investissements. D'une part, la hausse attendue des coûts de l'énergie, avec la fin du mécanisme Arenh pour l'électricité et les perspectives d'augmentation des prix du gaz. D'autre part, les obligations réglementaires imposées par le Dispositif éco-énergie tertiaire (DEET), qui prévoit une réduction de 40 % des consommations énergétiques d'ici 2030 pour une grande partie du parc concerné.
Cette combinaison de contraintes économiques et réglementaires devrait favoriser les projets de rénovation portés par les propriétaires, gestionnaires immobiliers, bureaux d'études et entreprises de travaux.
Des marges sous surveillance pour les entreprises du bâtiment
L'étude analyse également les perspectives économiques des entreprises du gros œuvre et du second œuvre.
Le chiffre d'affaires des entreprises de gros œuvre progresserait à partir de 2026, porté par la reprise des constructions neuves et par la répercussion partielle de l'inflation sur les devis. Cette croissance ralentirait ensuite avec le plafonnement des mises en chantier.
Les entreprises du second œuvre bénéficieraient d'une reprise plus régulière grâce aux activités de maintenance, notamment dans le génie électrique et climatique, qui assurent une part récurrente de leur activité.
Après le recul des prix des matériaux observé en 2024 et 2025, Xerfi anticipe toutefois un nouveau renchérissement des matières premières dès 2026. Les entreprises ne pourraient pas répercuter intégralement ces hausses sur leurs tarifs, sous l'effet de la concurrence et de la sensibilité des clients aux prix, ce qui pèserait de nouveau sur les marges.
Le scénario présenté par Xerfi dessine ainsi un redressement progressif du marché du bâtiment, davantage marqué par une sortie de crise que par un véritable rebond. Pour les entreprises de la construction, de la rénovation et de l'immobilier, les perspectives dépendront autant de l'évolution des politiques publiques que de la capacité du secteur à absorber les nouvelles contraintes économiques, énergétiques et réglementaires.
MaPrimeRénov’ entre recentrage et accès plus sélectif
Lancée en 2020 pour remplacer le crédit d’impôt pour la transition énergétique et certaines aides de l’Anah, MaPrimeRénov’ reste le principal dispositif public de soutien à la rénovation énergétique des logements. Son fonctionnement a toutefois évolué vers un accompagnement prioritaire des rénovations globales capables d’améliorer sensiblement la performance énergétique des bâtiments.
Depuis 2023, les conditions d’attribution accordent ainsi une place croissante au gain de classes du diagnostic de performance énergétique. Pour les propriétaires, les copropriétés et les entreprises de travaux, cette orientation implique des projets plus structurés, associant plusieurs interventions plutôt qu’une succession de gestes isolés.
L’année 2025 a marqué une rupture dans le déploiement du dispositif. Le guichet consacré aux rénovations d’ampleur, appelé parcours accompagné, a été suspendu du 23 juin à la mi-septembre. Pendant cette période, les aides destinées aux monogestes et aux copropriétés sont restées accessibles.
La réouverture du parcours à l’automne 2025 s’est accompagnée d’un encadrement renforcé. Les plafonds de travaux ont été révisés, le nombre de dossiers acceptés à court terme a été limité et les critères techniques ont été durcis. Ces mesures visaient notamment à réduire les effets d’aubaine et les pratiques de surfacturation.
Depuis 2026, MaPrimeRénov’ fonctionne donc dans un cadre plus sélectif. Les pouvoirs publics concentrent davantage les aides sur les ménages modestes, les logements les plus énergivores et les opérations produisant un gain énergétique important.
Pour les entreprises de rénovation, les accompagnateurs, les bureaux d’études et les installateurs, cette évolution impose une préparation plus rigoureuse des dossiers. L’éligibilité du ménage, le niveau de performance visé, le montant des travaux et la conformité technique du projet doivent être vérifiés en amont afin de limiter les risques de refus ou de retard.
Ce recentrage peut ralentir le déclenchement de certains chantiers, mais il favorise les opérations globales mobilisant plusieurs corps d’état. Isolation, chauffage, ventilation et pilotage des consommations doivent alors être coordonnés dans une même stratégie de rénovation énergétique.
Foire aux questions
Qu'est-ce que le plan « Relance logement » annoncé pour 2026 ?
Le plan « Relance logement » est un programme public visant à construire 400 000 logements par an d’ici 2030, axé sur le logement social, l’investissement locatif et la simplification des procédures d’urbanisme. Il symbolise le retour de l’intervention publique dans la filière de la construction résidentielle.
Quelle est la différence entre la reprise de la construction résidentielle et celle du tertiaire ?
La reprise résidentielle vise 365 000 à 400 000 logements/an, tandis que le tertiaire table sur 17,6 millions de m² à l’horizon 2030, avec des différences : recul des bureaux, stabilité ou baisse des surfaces commerciales/industrielles, mais dynamisme de la logistique et des centres de données.
Comment évoluent les coûts des travaux de rénovation entre 2026 et 2030 ?
Les coûts des travaux de rénovation augmentent entre 1,5 % et 2 % par an pour les gros travaux dès 2026, sans hausse du nombre de chantiers. Cette augmentation résulte de la hausse des prix des devis et des arbitrages budgétaires des ménages.
Quelles sont les nouvelles conditions pour bénéficier de MaPrimeRénov’ depuis 2026 ?
Depuis 2026, l’accès à MaPrimeRénov’ est recentré sur les ménages modestes, les logements énergivores et les rénovations globales, avec un encadrement renforcé, plafonds de travaux révisés et critères techniques durcis. Une préparation rigoureuse des dossiers est désormais nécessaire.
Quels sont les objectifs réglementaires pour la rénovation des bâtiments tertiaires d’ici 2030 ?
Le Dispositif éco-énergie tertiaire (DEET) impose une réduction de 40 % de la consommation énergétique du parc tertiaire, soit 1,2 milliard de m² en France, à atteindre d’ici 2030. Cette contrainte réglementaire pousse aux rénovations énergétiques dans le secteur.
Pourquoi la période 2026-2030 favorise-t-elle les rénovations énergétiques par rapport au reste du marché ?
Entre 2026 et 2030, les rénovations énergétiques sont soutenues par des aides publiques renforcées, comme le budget des Certificats d’économie d’énergie passant de 6 à 8 milliards d’euros/an, et l’accent mis sur l’électrification et les équipements performants.
Glossaire thématique
Logement social
Logement proposé à des loyers réglementés, destiné aux personnes aux ressources modestes et attribué selon des critères sociaux.
Maître d'ouvrage
Personne physique ou morale commanditant et finançant des travaux de construction ou de rénovation, responsable du projet devant la loi.
MaPrimeRénov'
Dispositif public d'aides financières visant à soutenir la rénovation énergétique des logements. Il remplace depuis 2020 le crédit d'impôt pour la transition énergétique et certaines aides de l'Anah.
Certificats d'économie d'énergie (CEE)
Mécanisme réglementaire obligeant certains acteurs à réaliser ou financer des actions d'économies d'énergie, attestées par la délivrance de certificats échangeables.
Dispositif éco-énergie tertiaire (DEET)
Obligation réglementaire imposant aux bâtiments tertiaires de réduire leurs consommations énergétiques, avec des objectifs chiffrés à atteindre selon un calendrier fixé par la réglementation.
Gros œuvre
Ensemble des travaux de structure d'un bâtiment, comprenant notamment le terrassement, les fondations, les murs porteurs et la toiture.