Le marché du bâtiment à l’horizon 2030 entre reprise et contraintes
Résumé pour les décideurs
Relance logement : perspectives du marché du bâtiment et de la rénovation énergétique
Le plan « Relance logement » du budget 2026 marque un retour de l’intervention publique pour relancer la construction : objectif 400 000 logements/an d’ici 2030, via logement social, investissement locatif et simplification de l’urbanisme. Xerfi anticipe plutôt 365 000 logements/an, avec une reprise graduelle. Le non résidentiel resterait sous les niveaux d’avant 2022, avec recul des bureaux mais dynamisme de la logistique et des data centers. La rénovation progresse en valeur, portée par CEE et un MaPrimeRénov’ plus sélectif, tandis que les marges restent sous pression.
Sommaire
- Une reprise du logement attendue mais encore limitée
- L'immobilier tertiaire évolue selon les usages
- La rénovation résidentielle reste confrontée aux arbitrages des ménages
- Les aides publiques continueront à soutenir la rénovation énergétique
- La rénovation des bâtiments tertiaires devient une priorité
- Des marges sous surveillance pour les entreprises du bâtiment
- MaPrimeRénov’ entre recentrage et accès plus sélectif
Bonne lecture !
Le secteur du bâtiment pourrait retrouver une trajectoire de croissance d'ici 2030, mais sans revenir aux niveaux d'activité d'avant la crise. Dans sa nouvelle étude prospective, Xerfi estime que la reprise sera portée par la construction de logements, la rénovation énergétique et certains segments du tertiaire, tandis que les tensions économiques, réglementaires et financières continueront de peser sur l'ensemble de la filière.
Une reprise du logement attendue mais encore limitée
Après plusieurs années de ralentissement, la construction résidentielle pourrait renouer avec une dynamique plus favorable. Xerfi souligne que le plan « Relance logement », annoncé dans le cadre du budget 2026, traduit un retour plus marqué de l'intervention publique dans la filière. L'objectif affiché de 400 000 logements construits par an d'ici 2030 repose notamment sur le développement du logement social, l'investissement locatif et la simplification des procédures d'urbanisme.
L'institut reste toutefois prudent. Dans son scénario, la production atteindrait plutôt 365 000 logements par an, un niveau inférieur à l'objectif gouvernemental, en raison d'un contexte économique qui devrait rester fragile. Pour les maîtres d'ouvrage, promoteurs, entreprises de construction et artisans, cette perspective laisse entrevoir une amélioration progressive de l'activité sans véritable retour au rythme observé avant la crise immobilière.
L'immobilier tertiaire évolue selon les usages
Du côté des bâtiments non résidentiels, Xerfi anticipe une remontée progressive de l'activité jusqu'à 17,6 millions de m² construits en 2030, tout en restant en dessous des volumes enregistrés avant 2022.
Les perspectives diffèrent selon les marchés. Les bureaux devraient poursuivre leur recul structurel sous l'effet de l'évolution des modes de travail. Les surfaces commerciales et une partie des bâtiments industriels resteraient également orientées à la baisse. En revanche, la logistique conserverait une dynamique favorable, soutenue par le développement du commerce en ligne et la réorganisation des chaînes d'approvisionnement. Les centres de données figurent également parmi les segments spécifiques qui continueraient à générer des investissements.
La rénovation résidentielle reste confrontée aux arbitrages des ménages
Le marché de la rénovation devrait continuer à progresser en valeur entre 2026 et 2030, avec une hausse estimée entre 1,5 % et 2 % par an pour les gros travaux. Cette évolution ne traduit toutefois pas une augmentation du nombre de chantiers.
La hausse des coûts des devis, les arbitrages budgétaires des ménages et le recul des transactions immobilières limiteraient les volumes d'intervention. Les travaux d'amélioration réalisés lors d'un changement de propriétaire resteraient moins nombreux. Les petits travaux subiraient également la progression du « faire soi-même » sur les opérations les moins techniques, réduisant les opportunités pour certaines entreprises artisanales.
Les aides publiques continueront à soutenir la rénovation énergétique
La rénovation énergétique des logements devrait conserver une dynamique plus favorable que le reste du marché de la rénovation.
Xerfi observe que les difficultés rencontrées par MaPrimeRénov', notamment les suspensions temporaires du dispositif et le durcissement progressif de ses conditions d'accès, ont ralenti les projets ces dernières années. Depuis 2026, les aides ciblent davantage les rénovations globales et les logements les plus énergivores, avec un encadrement renforcé des dossiers.
Les Certificats d'économie d'énergie (CEE) devraient toutefois prendre davantage de poids. L'enveloppe annuelle consacrée au dispositif passerait de 6 milliards d'euros en 2025 à 8 milliards d'euros entre 2026 et 2030. À cela s'ajoute le plan consacré à l'électrification des usages, annoncé en avril 2026, qui pourrait renforcer les aides destinées aux équipements performants.
Pour les installateurs, entreprises du génie climatique et artisans spécialisés dans la rénovation énergétique, ces dispositifs continueront de soutenir la demande malgré un contexte budgétaire plus sélectif.
La rénovation des bâtiments tertiaires devient une priorité
Le parc tertiaire représente l'un des principaux gisements de travaux à l'horizon 2030. Xerfi rappelle qu'il couvre 1,2 milliard de m², dont une large part présente des consommations énergétiques élevées.
Deux facteurs devraient accélérer les investissements. D'une part, la hausse attendue des coûts de l'énergie, avec la fin du mécanisme Arenh pour l'électricité et les perspectives d'augmentation des prix du gaz. D'autre part, les obligations réglementaires imposées par le Dispositif éco-énergie tertiaire (DEET), qui prévoit une réduction de 40 % des consommations énergétiques d'ici 2030 pour une grande partie du parc concerné.
Cette combinaison de contraintes économiques et réglementaires devrait favoriser les projets de rénovation portés par les propriétaires, gestionnaires immobiliers, bureaux d'études et entreprises de travaux.
Des marges sous surveillance pour les entreprises du bâtiment
L'étude analyse également les perspectives économiques des entreprises du gros œuvre et du second œuvre.
Le chiffre d'affaires des entreprises de gros œuvre progresserait à partir de 2026, porté par la reprise des constructions neuves et par la répercussion partielle de l'inflation sur les devis. Cette croissance ralentirait ensuite avec le plafonnement des mises en chantier.
Les entreprises du second œuvre bénéficieraient d'une reprise plus régulière grâce aux activités de maintenance, notamment dans le génie électrique et climatique, qui assurent une part récurrente de leur activité.
Après le recul des prix des matériaux observé en 2024 et 2025, Xerfi anticipe toutefois un nouveau renchérissement des matières premières dès 2026. Les entreprises ne pourraient pas répercuter intégralement ces hausses sur leurs tarifs, sous l'effet de la concurrence et de la sensibilité des clients aux prix, ce qui pèserait de nouveau sur les marges.
Le scénario présenté par Xerfi dessine ainsi un redressement progressif du marché du bâtiment, davantage marqué par une sortie de crise que par un véritable rebond. Pour les entreprises de la construction, de la rénovation et de l'immobilier, les perspectives dépendront autant de l'évolution des politiques publiques que de la capacité du secteur à absorber les nouvelles contraintes économiques, énergétiques et réglementaires.
MaPrimeRénov’ entre recentrage et accès plus sélectif
Lancée en 2020 pour remplacer le crédit d’impôt pour la transition énergétique et certaines aides de l’Anah, MaPrimeRénov’ reste le principal dispositif public de soutien à la rénovation énergétique des logements. Son fonctionnement a toutefois évolué vers un accompagnement prioritaire des rénovations globales capables d’améliorer sensiblement la performance énergétique des bâtiments.
Depuis 2023, les conditions d’attribution accordent ainsi une place croissante au gain de classes du diagnostic de performance énergétique. Pour les propriétaires, les copropriétés et les entreprises de travaux, cette orientation implique des projets plus structurés, associant plusieurs interventions plutôt qu’une succession de gestes isolés.
L’année 2025 a marqué une rupture dans le déploiement du dispositif. Le guichet consacré aux rénovations d’ampleur, appelé parcours accompagné, a été suspendu du 23 juin à la mi-septembre. Pendant cette période, les aides destinées aux monogestes et aux copropriétés sont restées accessibles.
La réouverture du parcours à l’automne 2025 s’est accompagnée d’un encadrement renforcé. Les plafonds de travaux ont été révisés, le nombre de dossiers acceptés à court terme a été limité et les critères techniques ont été durcis. Ces mesures visaient notamment à réduire les effets d’aubaine et les pratiques de surfacturation.
Depuis 2026, MaPrimeRénov’ fonctionne donc dans un cadre plus sélectif. Les pouvoirs publics concentrent davantage les aides sur les ménages modestes, les logements les plus énergivores et les opérations produisant un gain énergétique important.
Pour les entreprises de rénovation, les accompagnateurs, les bureaux d’études et les installateurs, cette évolution impose une préparation plus rigoureuse des dossiers. L’éligibilité du ménage, le niveau de performance visé, le montant des travaux et la conformité technique du projet doivent être vérifiés en amont afin de limiter les risques de refus ou de retard.
Ce recentrage peut ralentir le déclenchement de certains chantiers, mais il favorise les opérations globales mobilisant plusieurs corps d’état. Isolation, chauffage, ventilation et pilotage des consommations doivent alors être coordonnés dans une même stratégie de rénovation énergétique.
Foire aux questions
Quels sont les objectifs de construction de logements en France d'ici 2030 ?
Le gouvernement vise la construction de 400 000 logements par an d'ici 2030, mais Xerfi estime que ce chiffre sera plutôt de 365 000 par an en raison d'un contexte économique fragile.
Comment évoluent les aides publiques à la rénovation énergétique ?
Depuis 2026, les aides se concentrent sur les rénovations globales et les logements énergivores, avec un budget CEE passant à 8 milliards d'euros par an. MaPrimeRénov’ devient plus sélective, ciblant en priorité les ménages modestes et les projets à gains énergétiques importants.
Quelles tendances pour le marché des bâtiments non résidentiels ?
La construction de bâtiments non résidentiels devrait augmenter progressivement jusqu’à 17,6 millions de m² en 2030, mais restera en dessous des niveaux d'avant 2022. Le secteur logistique et les data centers sont dynamiques, tandis que la demande pour les bureaux, commerces et certains locaux industriels continue de baisser.
Glossaire thématique
MaPrimeRénov'
MaPrimeRénov' est une aide publique française destinée à soutenir les travaux de rénovation énergétique dans les logements, avec un recentrage depuis 2026 sur les ménages modestes et les rénovations globales.
Certificats d'économie d'énergie (CEE)
Les Certificats d'économie d'énergie (CEE) sont un dispositif obligeant les fournisseurs d'énergie à promouvoir l'efficacité énergétique auprès des consommateurs, notamment par des aides à la rénovation.
Dispositif éco-énergie tertiaire (DEET)
Le Dispositif éco-énergie tertiaire (DEET) impose aux propriétaires et exploitants de bâtiments tertiaires de réduire de 40 % leur consommation énergétique d'ici 2030.
Gros œuvre
Le gros œuvre concerne l'ensemble des travaux de structure, comme l'ossature, les murs porteurs et les fondations des bâtiments.
Second œuvre
Le second œuvre désigne les travaux d'aménagement et de finition dans un bâtiment, comme l'électricité, la plomberie, et les revêtements intérieurs.
Maître d'ouvrage
Le maître d'ouvrage est la personne physique ou morale qui commande et finance un projet de construction ou de rénovation.