BÂTIMENT

Lavettes industrielles, une intelligence artificielle contrôle l'usure

Par JMG Communications   Publié le Mardi 3 novembre 2026 à 12:27
Lavette blanche suspendue dans une cabine d'inspection entourée de quatre caméras et d'éclairages LED

Résumé pour les décideurs

Mewa a pris une participation de plus de 20 % dans Desion, société allemande née de l'université technique de Darmstadt et de l'Institut Fraunhofer, dont l'intelligence artificielle contrôle l'état des lavettes industrielles après lavage. Des caméras photographient chaque pièce sous plusieurs angles ; le logiciel établit sa catégorie, sa qualité et ses défauts, puis l'oriente vers le client, vers un nouveau cycle de lavage ou vers le retrait définitif. En service sur plusieurs sites depuis janvier 2026, le dispositif breveté a déjà examiné plus de 70 millions de lavettes.


Dans un atelier, une lavette d'essuyage part au lavage, revient, repart. Qui décide qu'elle est encore bonne ? Jusqu'ici un opérateur, à l'œil et à la main. Le prestataire de services textiles Mewa vient d'entrer au capital de la société allemande qui automatise ce tri par l'image.


Que contrôle une blanchisserie industrielle avant de relivrer une lavette ?

Une lavette industrielle n'est pas un consommable jetable. Elle part sale de l'atelier, passe au lavage, revient propre et repart en caisse de collecte, des dizaines de fois. À chaque tour, quelqu'un doit décider si le tissu tient encore. Un textile troué laisse passer l'huile sur les doigts ; un textile saturé n'absorbe plus rien ; un textile détendu se coince dans une machine.

Chez un prestataire de services textiles, ce verdict reposait jusqu'ici sur une inspection visuelle et mécanique conduite à la main. L'opérateur regarde, palpe, écarte. Le geste est rapide mais il reste humain, donc inégal d'un poste à l'autre comme d'une fin de journée à un début de matinée. C'est précisément ce point que le système de lavettes en circuit fermé cherche à verrouiller, puisque la promesse faite au client industriel porte sur un standard de propreté constant plutôt que sur une moyenne.

Mewa vient d'automatiser cette étape. Le prestataire allemand a pris une participation de plus de 20 % dans Desion, société de Darmstadt spécialisée dans l'automatisation, la robotique et l'inspection textile.

Comment l'intelligence artificielle analyse-t-elle une lavette après séchage ?

Le dispositif intervient en sortie de séchage. La lavette se présente devant un poste équipé de caméras qui la photographient sous plusieurs angles, sous un éclairage calibré. Les images partent vers un logiciel d'intelligence artificielle qui ne se contente pas de dire « propre » ou « sale ».

L'analyse porte sur trois registres : la catégorie de la pièce, sa qualité et les types de défauts qu'elle présente. Le résultat ne reste pas affiché sur un écran, il commande la suite du convoyage. Chaque lavette est orientée vers l'une des trois sorties du circuit.

Lavette posée sur un tapis noir sous deux caissons d'éclairage blancs d'une ligne d'inspection textile

État détecté Destination
conforme réutilisation et livraison au client
insuffisamment propre nouveau cycle de lavage
dégradé retrait définitif du circuit

Le procédé est breveté. Il ne supprime pas le second lavage, il le réserve aux pièces qui en ont besoin, là où un tri approximatif renvoyait des lots entiers au bain par précaution.

Combien de lavettes passent chaque année dans le circuit Mewa ?

L'échelle explique l'investissement. Mewa traite chaque année quelque 1,2 milliard de lavettes pour une clientèle industrielle. Ses trois marchés principaux sont l'industrie, l'automobile et l'imprimerie, où ces textiles servent au nettoyage des installations et des machines, poste de consommation permanent.

Le contrôle automatisé fonctionne sur plusieurs sites du groupe depuis janvier 2026. Au cours de ses cinq premiers mois d'exploitation, il avait déjà examiné plus de 70 millions de pièces. À cette cadence, une seconde d'écart par pièce ne se rattrape par aucune organisation de poste. C'est la raison pour laquelle un contrôle manuel finit par devenir le point de passage le plus coûteux de la chaîne.

L'enjeu n'est pas seulement la productivité. Une lavette retirée trop tôt est un textile perdu ; une lavette gardée trop longtemps est une réclamation client. Le tri commande donc directement la durée de vie moyenne du parc textile, donc la quantité de coton à produire pour l'alimenter.

Un contrôle déjà breveté sur les vêtements haute visibilité

Les deux entreprises ne se découvrent pas. Desion est née en 2020 d'un essaimage de l'université technique de Darmstadt et de l'Institut Fraunhofer. Mewa l'accompagne depuis sa création pour industrialiser ses travaux.

Elle avait déjà donné un brevet portant sur la vérification automatique des tenues de signalisation. Le sujet n'est pas anodin pour un chantier : un vêtement de signalisation perd sa fonction quand la valeur de réflexion de ses bandes baisse sous le seuil normatif. Le logiciel mesure cette valeur et la luminance du tissu fluorescent, là où l'inspection visuelle laisse passer la dérive. Elle avait valu au groupe, en 2017, un classement parmi les dix premiers de la catégorie « Technologies optiques » au Deutscher Industriepreis, le prix allemand de l'industrie.

Le passage du vêtement à la lavette change l'échelle du problème. Un vêtement est identifié, suivi, porté par une personne nommée ; une lavette est anonyme et traitée par dizaines de milliers. L'algorithme doit trancher sans historique de la pièce qu'il regarde.

Ce que la prise de participation dans Desion engage

Björn Scheel, directeur des opérations du groupe Mewa, situe l'opération dans la durée et dit y voir les bases des services textiles de demain. Son argument tient en deux termes : l'intelligence artificielle sert à la fois le rendement des process et la constance de la qualité livrée, sans que le métier d'exploitation disparaisse.

Le dirigeant insiste sur un point qui intéresse directement les exploitants : la machine prend en charge le jugement répétitif, le personnel garde les arbitrages et l'entretien de la ligne. Technologie et expertise humaine avancent, selon ses mots, « de concert ».

Du côté de Desion, l'associé-gérant Dirk Siegmund retient l'accès au terrain qu'ouvre un actionnaire industriel. Une jeune société de vision par ordinateur peut démontrer un taux de reconnaissance en laboratoire ; elle ne peut pas éprouver son modèle sur des millions de pièces réelles sans une usine qui les lui fournit. Il décrit Mewa comme un partenaire solide, engagé dans la durée. L'enjeu, pour lui, tient à l'adaptation des technologies aux exigences concrètes de l'exploitation.

Pourquoi la location-entretien se joue-t-elle désormais en usine ?

Pour une entreprise du bâtiment qui loue ses tenues et ses lavettes, l'effet est indirect mais réel. La location-entretien se vend sur un niveau de service. Ce niveau dépend de la fiabilité du tri conduit en usine, à des centaines de kilomètres du chantier. Les mêmes capteurs qui jugent aujourd'hui une lavette sauront demain juger l'usure d'une veste, question déjà posée par l'équipement des compagnons sur le chantier.

Le secteur des services textiles entre ainsi dans la logique de la maintenance prédictive : ce n'est plus l'opérateur qui constate l'usure en bout de course, c'est la mesure qui la signale pièce par pièce. Avec 53 sites et plus de 200 000 entreprises clientes en Europe, Mewa déploie cette logique sur un parc dont peu d'industriels disposent d'un équivalent.



Questions fréquentes sur le contrôle automatisé des lavettes industrielles

Qu'est-ce qu'une lavette industrielle réutilisable ?

C'est un textile d'essuyage conçu pour absorber les huiles, les graisses, les encres et les solvants dans un atelier, puis pour être lavé et remis en service. Il circule en caisses entre l'entreprise utilisatrice et le site de lavage du prestataire, à l'inverse d'un essuie-tout papier jeté après un seul usage. Sa valeur économique tient au nombre de rotations qu'il supporte avant d'être retiré du circuit, ce qui fait du contrôle de son état un poste décisif. Mewa en lave environ 1,2 milliard par an pour ses clients industriels.

Que regarde l'intelligence artificielle sur une lavette ?

Elle établit trois choses à partir d'images prises sous plusieurs angles après le lavage et le séchage. D'abord la catégorie de la pièce, c'est-à-dire le type de textile dont il s'agit. Ensuite sa qualité, donc son niveau de propreté réel. Enfin les types de défauts qu'elle présente. Le résultat ne sert pas qu'à documenter un état : il pilote directement l'aiguillage de la lavette vers la livraison, vers un nouveau cycle de lavage ou vers le retrait. Le dispositif est breveté et fonctionne sur plusieurs sites Mewa depuis janvier 2026.

Ce contrôle remplace-t-il complètement les opérateurs ?

Non. Il automatise une étape précise, le tri après lavage, qui reposait jusqu'ici sur une inspection visuelle et mécanique conduite à la main. Les autres maillons du service textile restent humains, de la collecte chez le client à la logistique de redistribution en passant par la réparation des vêtements. Björn Scheel, directeur des opérations du groupe Mewa, résume l'intention en disant que la technologie et l'expertise humaine avancent de concert. L'automatisation vise la régularité du jugement, pas la suppression du poste.

Qui est Desion et depuis quand travaille-t-elle avec Mewa ?

Desion est une société allemande installée à Darmstadt, spécialisée dans l'automatisation, la robotique et l'inspection textile. Elle est née en 2020 d'un essaimage de l'université technique de Darmstadt et de l'Institut Fraunhofer. Mewa l'accompagne depuis sa création pour industrialiser ses travaux de recherche. Les deux entreprises avaient déjà mis au point ensemble un système breveté d'inspection des vêtements à haute visibilité. La prise de participation de plus de 20 % annoncée en novembre 2026 transforme ce partenariat technique en lien capitalistique.

Quel rapport avec les vêtements de travail du bâtiment ?

La même technologie d'analyse d'image sert déjà à vérifier les vêtements à haute visibilité, dont les bandes réfléchissantes perdent leur valeur de réflexion en vieillissant, dérive que l'œil détecte mal. Une entreprise du bâtiment qui loue ses tenues achète en réalité un niveau de service. Ce niveau dépend de la fiabilité des contrôles conduits en usine. Un tri instrumenté détecte une usure que l'inspection visuelle laisse passer, ce qui joue directement sur la sécurité du porteur.

Combien de lavettes ce système a-t-il déjà contrôlées ?

Plus de 70 millions, au cours des cinq premiers mois d'exploitation sur les sites Mewa équipés, le dispositif étant en service depuis janvier 2026. Ce volume n'est qu'une fraction des quelque 1,2 milliard de lavettes que le groupe lave chaque année pour l'industrie de production, l'automobile et l'imprimerie. L'écart entre les deux chiffres indique que le déploiement se poursuit site par site plutôt que par bascule générale, méthode habituelle pour une installation qui doit s'intégrer à des lignes de lavage déjà en production.


Glossaire du service textile et du contrôle qualité automatisé

Lavette industrielle

Textile d'essuyage destiné aux ateliers, conçu pour absorber huiles, graisses, encres et solvants, puis lavé et remis en circulation jusqu'à ce que son état impose son retrait.

Service textile

Prestation de location-entretien par laquelle une entreprise met à disposition vêtements professionnels ou lavettes, en assure la collecte, le lavage, la réparation, le stockage et la redistribution.

Blanchisserie industrielle

Site de lavage traitant de grands volumes de textiles professionnels en cycles standardisés, par opposition au pressing de détail, avec des exigences documentées de qualité et d'hygiène.

Inspection textile automatisée

Contrôle de l'état d'une pièce textile réalisé par capteurs et logiciel plutôt que par un opérateur, à partir d'images prises sous éclairage calibré et sous plusieurs angles.

Vêtement à haute visibilité

Équipement de protection individuelle doté de bandes réfléchissantes et de tissu fluorescent, destiné à rendre son porteur visible de loin, notamment sur un chantier ou une voirie.

Essaimage universitaire

Création d'une société par des chercheurs pour exploiter les travaux menés dans un laboratoire public. Desion est issue de l'université technique de Darmstadt et de l'Institut Fraunhofer.








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