Travaux en copropriété, les quatre dispositifs de financement

Par Batipole Édition   Publié le Samedi 19 septembre 2026 à 00:08
Immeuble d'habitation collective en rénovation, échafaudage bâché et panneaux d'isolant posés sur le pignon

Résumé pour les décideurs

Quatre dispositifs financent les travaux d'une copropriété et ils se combinent. L'emprunt collectif, souscrit par le syndicat, repose sur une adhésion présumée que chaque copropriétaire peut refuser sous deux mois. L'éco-PTZ copropriétés prête jusqu'à 50 000 € par logement sur vingt ans pour une rénovation globale. MaPrimeRénov' Copropriété couvre 30 % à 45 % des travaux dans la limite de 25 000 € par logement. Le fonds de travaux, lui, alimente le reste à charge année après année.


Depuis le 1er janvier 2025, tout immeuble d'habitation de plus de quinze ans doit disposer d'un plan pluriannuel de travaux, financé par le fonds de travaux. L'assemblée générale vote donc un programme chiffré avant de savoir comment il sera payé. Le montage financier se construit ensuite, dispositif par dispositif.


Comment fonctionne l'emprunt collectif souscrit par le syndicat

L'assemblée générale peut décider d'emprunter au nom du syndicat des copropriétaires. L'article 26-4 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965, dans sa rédaction issue de la loi n° 2024-322 du 9 avril 2024, exige l'unanimité pour un emprunt général. Deux cas y échappent et se votent à la majorité applicable aux travaux eux-mêmes : le préfinancement de subventions publiques ; l'emprunt souscrit au bénéfice des seuls copropriétaires qui décident d'y participer.

Ce second cas est le plus fréquent. Pour les travaux votés au titre des articles 24 et 25 de la même loi, chaque copropriétaire est réputé avoir accepté de participer au financement. Le refus se notifie au syndic dans un délai de deux mois à compter de la notification du procès-verbal d'assemblée générale.

Ce refus ne suffit pas à lui seul. Le copropriétaire qui se retire verse la totalité de sa quote-part du prix des travaux dans un délai de six mois à compter de cette même notification. À défaut de paiement dans ce délai, il reste tenu par l'emprunt malgré son refus déclaré.

Quels travaux l'éco-PTZ copropriétés finance et à quelle hauteur

L'éco-prêt à taux zéro copropriétés est souscrit par le syndic au nom du syndicat, l'État prenant les intérêts à sa charge. L'immeuble doit avoir été achevé depuis plus de deux ans à la date de début des travaux. La décision se vote à la majorité absolue, pour le prêt comme pour les travaux qu'il finance.

Les plafonds se calculent par logement. Ils atteignent 25 000 € pour deux actions de travaux, 30 000 € à partir de trois, 50 000 € pour une rénovation portant sur la performance énergétique globale et 10 000 € pour la réhabilitation d'un assainissement non collectif. Aucune condition de ressources ne commande l'accès au prêt.

La durée de remboursement suit la nature du projet. Elle est de quinze ans pour une rénovation ponctuelle ou un assainissement, portée à vingt ans pour la rénovation globale. Les travaux éligibles couvrent l'isolation thermique, les équipements de chauffage et les installations à énergie renouvelable, selon les critères des articles D319-1 à D319-58 du code de la construction et de l'habitation et de l'article 244 quater U du code général des impôts. Atteindre le palier de la rénovation globale suppose en pratique de traiter l'isolation de l'enveloppe.

Quelle part des travaux MaPrimeRénov' Copropriété prend en charge

L'aide de l'Agence nationale de l'habitat s'adresse au syndicat lui-même. Trois conditions ouvrent le droit. La copropriété est immatriculée au registre national et sa fiche est à jour. Elle compte au moins 65 % de résidences principales jusqu'à vingt lots, 75 % au-delà. L'immeuble a enfin quinze ans révolus à la date de la décision d'octroi.

Le montant dépend du résultat visé. Un projet atteignant 35 % de gain énergétique ouvre droit à 30 % du montant des travaux. Un projet atteignant 50 % de gain porte ce taux à 45 %. Dans les deux cas l'assiette est plafonnée à 25 000 € par logement. Le niveau de gain commande donc l'aide, si bien que les règles de calcul énergétique pèsent directement sur le montant obtenu ; six fédérations professionnelles ont porté une contestation sur ce terrain.

L'accompagnement est obligatoire. Le syndicat se fait assister par un prestataire d'assistance à maîtrise d'ouvrage, dont la prestation est financée à 50 % dans la limite de 600 € HT par logement au-delà de vingt lots et de 1 000 € HT pour les copropriétés de vingt lots ou moins. Les copropriétaires aux ressources modestes reçoivent en outre une prime individuelle de 1 500 €, portée à 3 000 € pour les ressources très modestes. Le syndic dépose un dossier unique après un vote à la majorité absolue. La réouverture du dispositif, début 2026, a été saluée par la filière.

Pourquoi le fonds de travaux pèse sur le plan de financement

Le fonds de travaux est obligatoire dans tout immeuble à destination totale ou partielle d'habitation, quel que soit le nombre de lots. Il se constitue à l'issue d'une période de dix ans suivant la réception des travaux de construction. Son régime figure à l'article 14-2-1 de la loi du 10 juillet 1965.

Le montant de la cotisation annuelle dépend de l'existence d'un plan pluriannuel de travaux. Lorsque l'assemblée générale a adopté ce plan, la cotisation ne peut être inférieure à 2,5 % du montant des travaux qu'il prévoit ni à 5 % du budget prévisionnel. En l'absence de plan adopté, le plancher est de 5 % du budget prévisionnel.

Deux conséquences en découlent. Les sommes versées sont attachées au lot et ne sont pas restituées au copropriétaire qui vend, sauf clause contraire de l'acte de vente. Les cotisations peuvent par ailleurs être suspendues lorsque le fonds dépasse de 50 % le montant des travaux prévus au plan.

Dans quel ordre assembler les quatre dispositifs

Le plan pluriannuel de travaux commande la séquence. Obligatoire depuis le 1er janvier 2025 pour tout immeuble d'habitation de plus de quinze ans, quel que soit le nombre de lots, il couvre dix ans et s'actualise tous les dix ans. Il chiffre le programme, donc l'assiette sur laquelle tout le reste se calcule.

Les subventions se demandent avant l'emprunt. MaPrimeRénov' Copropriété se sollicite auprès de l'Anah par le syndic. Le préfinancement de ces subventions peut lui-même être emprunté à la majorité ordinaire, sans passer par l'unanimité. Le reste à charge se répartit ensuite entre le fonds déjà constitué, l'éco-PTZ copropriétés et l'emprunt collectif.

Dispositif Qui décide Plafond Condition d'entrée
Emprunt collectif assemblée générale, unanimité ou majorité des travaux selon le cas montant des travaux votés adhésion présumée, refus sous deux mois
Éco-PTZ copropriétés assemblée générale, majorité absolue 25 000 à 50 000 € par logement immeuble achevé depuis plus de deux ans
MaPrimeRénov' Copropriété assemblée générale, majorité absolue 30 % ou 45 % des travaux, 25 000 € par logement 35 % de gain énergétique au minimum
Fonds de travaux obligation légale, montant voté en assemblée plancher de 2,5 % ou 5 % selon le cas immeuble de plus de dix ans

La contrainte se déplace du chantier vers l'assemblée générale. Un programme voté sans plan de financement arrêté expose la copropriété à un report, qui renchérit les travaux. Pour les entreprises du bâtiment, la capacité du syndic à monter ce plan devient un critère de faisabilité au même titre que la technique. La filière de l'isolation a d'ailleurs porté une alerte publique sur les évolutions en cours.



Questions fréquentes sur le financement des travaux en copropriété

Qu'est-ce qu'un emprunt collectif en copropriété ?

C'est un prêt souscrit par le syndic au nom du syndicat des copropriétaires, et non par chaque copropriétaire à titre personnel. L'article 26-4 de la loi du 10 juillet 1965 l'encadre. Chaque copropriétaire est réputé y adhérer dès lors que l'assemblée générale a voté les travaux qu'il finance.

Quelle différence entre l'éco-PTZ copropriétés et MaPrimeRénov' Copropriété ?

L'éco-PTZ copropriétés est un prêt sans intérêt, remboursable sur quinze à vingt ans, plafonné à 50 000 € par logement. MaPrimeRénov' Copropriété est une subvention non remboursable de l'Anah, égale à 30 % ou 45 % des travaux selon le gain énergétique atteint. Les deux se cumulent sur un même programme.

Combien MaPrimeRénov' Copropriété finance-t-elle par logement ?

L'aide couvre 30 % du montant des travaux pour un gain énergétique d'au moins 35 %. Le taux monte à 45 % pour un gain d'au moins 50 %. L'assiette est plafonnée à 25 000 € par logement. Les copropriétaires modestes touchent en plus 1 500 €, les très modestes 3 000 €.

Comment un copropriétaire refuse-t-il de participer à l'emprunt collectif ?

Il notifie son refus au syndic dans les deux mois qui suivent la notification du procès-verbal d'assemblée générale. Il verse ensuite la totalité de sa quote-part du prix des travaux dans les six mois suivant cette même notification. Sans ce versement, il reste tenu par l'emprunt.

Le plan pluriannuel de travaux est-il obligatoire dans toutes les copropriétés ?

Depuis le 1er janvier 2025, il s'impose à tout immeuble à destination d'habitation de plus de quinze ans, quel que soit le nombre de lots. Le plan couvre dix ans et s'actualise tous les dix ans. Un diagnostic technique global concluant à l'absence de besoin peut en dispenser.

Faut-il voter les travaux avant de chercher le financement ?

Le plan pluriannuel chiffre le programme, donc l'assiette des aides et du prêt. Les subventions se demandent avant l'emprunt, leur préfinancement pouvant lui-même être emprunté à la majorité ordinaire. L'assemblée gagne donc à voter travaux et financement au cours de la même session.


Glossaire du financement des travaux en copropriété

Syndicat des copropriétaires

Personne morale réunissant l'ensemble des copropriétaires d'un immeuble. C'est elle qui contracte l'emprunt collectif et dépose les demandes d'aides, représentée par le syndic.

Adhésion présumée

Mécanisme par lequel chaque copropriétaire est réputé accepter de participer à l'emprunt collectif voté en assemblée. Le refus doit être notifié au syndic dans les deux mois.

Éco-PTZ copropriétés

Prêt à taux zéro souscrit par le syndicat pour financer des travaux de rénovation énergétique. Plafonné de 10 000 à 50 000 € par logement selon la nature du programme.

Plan pluriannuel de travaux

Programme décennal de travaux établi à partir d'un diagnostic de l'immeuble. Obligatoire depuis le 1er janvier 2025 pour les immeubles d'habitation de plus de quinze ans.

Fonds de travaux

Réserve financière alimentée chaque année par les copropriétaires. Son plancher est de 2,5 % du montant du plan pluriannuel adopté et de 5 % du budget prévisionnel.

Assistance à maîtrise d'ouvrage

Prestation d'accompagnement technique et administratif du syndicat, obligatoire pour obtenir MaPrimeRénov' Copropriété. L'Anah en finance la moitié, dans une limite fixée par logement.








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