Six fédérations de l'isolation contestent le nouveau calcul du DPE
Résumé pour les décideurs
Six organisations professionnelles de l'isolation dénoncent l'arrêté du 19 août 2026, qui abaisse de 1,9 à 1,7 le facteur de conversion de l'électricité en énergie primaire au 1er janvier 2027. Elles y voient un artifice de calcul : plus de 300 000 logements classés F et G quitteraient le statut de passoire thermique sans travaux, après plus de 800 000 déjà requalifiés en 2025. Elles demandent la stabilisation du cadre réglementaire et une politique associant isolation et électrification.
Un logement peut désormais quitter le statut de passoire thermique sans qu'un seul chantier soit ouvert. Le coefficient qui convertit l'électricité en énergie primaire vient d'être abaissé une seconde fois en un an, et six organisations professionnelles de la filière de l'isolation refusent d'y voir un progrès de la rénovation.
Sommaire
- Ce que l'arrêté du 19 août 2026 modifie
- Le décompte des logements qui changent d'étiquette
- Un outil de mesure devenu variable d'ajustement
- Électrification et isolation, deux politiques que la filière refuse d'opposer
- Les six signataires et leur demande
Bonne lecture !
- Ce que l'arrêté du 19 août 2026 modifie
- Le décompte des logements qui changent d'étiquette
- Un outil de mesure devenu variable d'ajustement
- Électrification et isolation, deux politiques que la filière refuse d'opposer
- Les six signataires et leur demande
Bonne lecture !
Le calcul du diagnostic de performance énergétique change pour la seconde fois en un an, et la filière de l'isolation ne l'accepte pas. Six organisations professionnelles signent une tribune commune contre l'arrêté du 19 août 2026, publié au Journal officiel du 31 août. Leur argument tient en une phrase : des centaines de milliers de logements vont changer d'étiquette sans qu'on ait touché à leurs murs.
Ce que l'arrêté du 19 août 2026 modifie
Le texte abaisse le facteur de conversion de l'énergie finale en énergie primaire de l'électricité, de 1,9 à 1,7, pour les diagnostics établis à compter du 1er janvier 2027. Il succède à l'arrêté du 13 août 2025, qui avait déjà ramené ce facteur de 2,3 à 1,9 au 1er janvier 2026. En deux textes signés à un an d'intervalle, tous deux au mois d'août, le coefficient a perdu 26 % de sa valeur.
| Texte | Publication au Journal officiel | Facteur | Entrée en vigueur |
|---|---|---|---|
| Arrêté du 13 août 2025 | 26 août 2025 | 2,3 puis 1,9 | 1er janvier 2026 |
| Arrêté du 19 août 2026 | 31 août 2026 | 1,9 puis 1,7 | 1er janvier 2027 |
Le ministère de la Transition écologique présente la mesure comme un moyen de favoriser l'électrification du chauffage des logements et d'encourager le remplacement des chaudières fossiles par des pompes à chaleur. Les six signataires rappellent que la décision a été prise, selon eux, contre l'avis du Conseil supérieur de l'énergie.
Le décompte des logements qui changent d'étiquette
C'est le cœur du grief. Selon les organisations signataires, plus de 300 000 logements aujourd'hui classés F et G sortiront du statut de passoire thermique sans qu'aucuns travaux n'aient été engagés. Ils s'ajoutent aux plus de 800 000 logements que la modification du coefficient de l'été 2025 avait déjà requalifiés.
Le point n'est pas neuf dans le débat public : la même filière avait déjà pris position lors du premier abaissement, en dénonçant une menace pour la rénovation. Un an plus tard, l'argument est le même et le total avancé par la filière dépasse le million de logements.
Un outil de mesure devenu variable d'ajustement
Les signataires rappellent la fonction du coefficient d'énergie primaire dans le diagnostic : mesurer l'impact énergétique d'un logement à l'échelle du pays. En le modifiant par voie administrative, écrivent-ils, le Gouvernement dénature l'esprit du diagnostic et fausse la trajectoire de planification énergétique que celui-ci est censé éclairer.
Leur seconde inquiétude porte sur le lecteur du diagnostic. Un occupant dont l'étiquette progresse sans que sa facture baisse ni que son confort s'améliore constatera l'écart, et la confiance dans l'outil en pâtira. C'est cette confiance, plus que la note elle-même, que les organisations disent voir menacée.
Électrification et isolation, deux politiques que la filière refuse d'opposer
Le texte n'est pas un plaidoyer contre l'électricité. Les six organisations écrivent soutenir l'électrification des usages, qu'elles jugent indispensable à la transition énergétique. Leur objection porte sur la substitution : électrifier un logement ne dispense pas d'isoler son enveloppe, faute de quoi chaque kilowattheure consommé se perd en déperditions.
L'argument est celui que le syndicat des laines minérales défend de longue date, et qu'il avait déjà porté sur la place de l'enveloppe dans la rénovation. Le pilotage de la performance énergétique par l'enveloppe reste, pour ces organisations, la condition d'une électrification utile.
Les six signataires et leur demande
La tribune est signée par Elisabeth Bardet, présidente du FILMM, Philippe Boussemart, président du Mur-Manteau, Joaquim Correia, président de l'AFIPEB, Vincent Hannecart, président de l'AICB, Christine Muscat, vice-présidente du SNPU, et Matthieu Lechantre, président d'Exiba France. Elles couvrent les laines minérales, l'isolation par l'extérieur, le polystyrène expansé, les matériaux biosourcés, le polyuréthane et le polystyrène extrudé.
Leur demande tient en deux points : stabiliser le cadre réglementaire et normatif de la rénovation énergétique, et mener une politique associant isolation thermique et électrification. Le communiqué ne comporte ni proposition de texte alternatif, ni calendrier de saisine.
Questions fréquentes sur le nouveau calcul du DPE
Qu'est-ce que le coefficient de conversion en énergie primaire ?
C'est le facteur qui traduit l'énergie consommée dans le logement en énergie mobilisée pour la produire et l'acheminer. Appliqué à l'électricité dans le calcul du diagnostic, il pèse directement sur l'étiquette obtenue. Il passe de 1,9 à 1,7 au 1er janvier 2027.
Quel texte abaisse ce coefficient et quand s'applique-t-il ?
L'arrêté du 19 août 2026, publié au Journal officiel du 31 août 2026. Il s'applique aux diagnostics établis à compter du 1er janvier 2027. Le ministère de la Transition écologique le présente comme une mesure favorisant l'électrification du chauffage des logements.
En quoi ce texte diffère-t-il de celui de 2025 ?
Par son ampleur seulement. L'arrêté du 13 août 2025, publié le 26 août 2025, avait ramené le facteur de 2,3 à 1,9 au 1er janvier 2026. Celui de 2026 le porte à 1,7. Les deux textes procèdent de la même voie administrative et du même mécanisme.
Un logement peut-il changer d'étiquette sans travaux ?
Oui, et c'est l'objet de la contestation. Selon les six organisations signataires, plus de 300 000 logements classés F et G quitteront le statut de passoire thermique du seul fait du nouveau coefficient, après plus de 800 000 déjà requalifiés par la modification de 2025.
La facture du logement baisse-t-elle pour autant ?
Les signataires écrivent le contraire : les occupants ne verront ni leur facture baisser ni leur confort s'améliorer, puisque la consommation réelle du logement est inchangée. Seule la note affichée bouge. C'est cet écart qui, selon eux, ruine la confiance dans le diagnostic.
Que demandent les six organisations ?
Deux choses. Stabiliser le cadre réglementaire et normatif entourant la rénovation énergétique, et mener une politique de rénovation associant isolation thermique et électrification plutôt que de substituer l'une à l'autre. Le communiqué ne propose ni texte alternatif, ni calendrier de saisine.
Glossaire du diagnostic de performance énergétique
Énergie finale
Quantité d'énergie effectivement livrée au logement et facturée à son occupant, mesurée au compteur. Elle ne tient compte ni de la production, ni du transport, ni des pertes intervenues en amont.
Énergie primaire
Quantité d'énergie mobilisée en amont pour livrer l'énergie finale, pertes de production et d'acheminement comprises. C'est la grandeur sur laquelle le diagnostic de performance énergétique établit sa comparaison entre logements.
Coefficient de conversion
Facteur multiplicateur qui fait passer de l'énergie finale à l'énergie primaire pour une source donnée. Celui de l'électricité passe de 1,9 à 1,7 au 1er janvier 2027, après être passé de 2,3 à 1,9 un an plus tôt.
Diagnostic de performance énergétique
Document obligatoire à la vente et à la location, qui classe un logement de A à G selon sa consommation d'énergie et ses émissions de gaz à effet de serre. Sa méthode de calcul est fixée par arrêté.
Passoire thermique
Logement classé F ou G au diagnostic de performance énergétique. La qualification conditionne plusieurs obligations pesant sur les bailleurs, et son périmètre varie donc avec la méthode de calcul.
Enveloppe du bâtiment
Ensemble des parois qui séparent l'intérieur chauffé de l'extérieur : murs, toiture, planchers bas et menuiseries. Sa performance détermine les déperditions, indépendamment du système de chauffage installé.