BÂTIMENT

IRVE : concevoir une infrastructure évolutive de 4 à 40 points

Par Eredit - Groupe ERRA   Publié le Lundi 26 octobre 2026 à 18:28
Tranchée ouverte sur un parking, fourreaux de couleurs posés devant une chambre de tirage béton

Résumé pour les décideurs

Le pré-équipement réglementaire fixe un socle, pas une installation. Le décret et l'arrêté du 23 décembre 2020 imposent des conduits autorisant un passage carré d'au moins 100 mm de côté, puis un branchement dimensionné pour desservir 20 % des emplacements. Ils excluent les circuits terminaux. Hors bâtiment, rien n'oblige à ce socle : fourreaux, TGBT et emplacements se dimensionnent alors sur la cible, quand bornes et puissance souscrite suivent la demande.



Un site qui ouvre avec quatre points de charge en comptera souvent quarante dix ans plus tard. Entre les deux, chaque extension rouvre les tranchées et change le tableau. Ce coût caché se décide à la première phase, dans le diamètre des fourreaux et la réserve du TGBT.


Ce que le pré-équipement réglementaire couvre, ce qu’il laisse de côté

Un site qui ouvre avec quatre points de charge en comptera souvent dix, vingt ou quarante quelques années plus tard. Si l'infrastructure n'a pas été pensée pour cette trajectoire, chaque extension rouvre les tranchées, change le tableau et renégocie le raccordement.

Le législateur a tranché une partie du sujet. Le décret n ° 2020-1696 et l'arrêté du 23 décembre 2020, entrés en vigueur le 11 mars 2021, définissent ce qu'est un parc de stationnement pré-équipé. Le pré-équipement inclut le dimensionnement en puissance de la portion de branchement qui alimente le bâtiment, de façon à pouvoir desservir au moins 20 % des emplacements.

La limite du texte est tout aussi instructive. Le pré-équipement n'inclut pas les circuits terminaux, c'est-à-dire les câbles et les protections de chaque point de charge depuis le tableau général basse tension. Ce que la réglementation impose est un socle, pas une installation.

Hors bâtiment, rien n'oblige à ce socle. C'est là que se joue le coût caché. Un site extérieur, une station-service ou un parc d'entreprise peuvent sortir de terre sans la moindre réserve. Un acteur comme Madic France intervient précisément sur cet arbitrage : ce qu'il faut surdimensionner dès la première phase, ce qu'il vaut mieux différer. L’approche est détaillée sur ce site.

Fourreaux : le poste où l’anticipation coûte le moins

C'est le meilleur rapport du projet entre coût d'anticipation et coût évité. Un fourreau supplémentaire posé dans une tranchée déjà ouverte ne coûte que le tube et quelques minutes de pose ; le même fourreau posé trois ans plus tard impose de rouvrir la chaussée.

Le décret donne un ordre de grandeur. Les conduits destinés au passage des câbles sont dimensionnés pour autoriser un passage carré d'au moins 100 millimètres de côté. La valeur vise les parcs soumis au pré-équipement, mais elle sert de repère partout ailleurs.

Les règles de pose usuelles, issues du guide UTE C 15-520, complètent le dimensionnement. La section occupée par les câbles se limite au tiers de la section intérieure du fourreau, avec une profondeur minimale de 65 centimètres sous trottoir et de 85 centimètres sous chaussée, puis un grillage avertisseur rouge posé au moins 20 centimètres au-dessus.

La règle du tiers commande l'évolutivité. Le diamètre se calcule sur les câbles de la phase finale, jamais sur ceux de la phase 1, car un point de charge rapide en courant continu demande des sections sans commune mesure avec un point alternatif de 22 kW.

Quatre réflexes évitent de rouvrir. Un fourreau par circuit futur plus une réserve, des fourreaux de courants faibles séparés pour la supervision, des chambres de tirage à chaque changement de direction, des fourreaux aiguillés et bouchonnés. Un tire-fil laissé en place et des extrémités obturées empêchent qu'une attente se remplisse de terre.

Puissance et raccordement : raisonner sur la cible, pas sur la phase 1

La puissance est le premier choix structurant. Elle détermine le domaine de raccordement, la présence ou non d'un poste de transformation et la taille du tableau général. Elle se décide sur la cible, puis se ramène à un niveau réaliste.

Trois seuils changent la nature du projet. Jusqu'à 36 kVA, Enedis raccorde en basse tension avec comptage direct ; au-delà et jusqu'à 250 kVA, le raccordement reste en basse tension triphasée avec comptage indirect ; au-delà de 250 kVA, il bascule en moyenne tension avec poste de livraison. Chaque franchissement change la procédure, le contrat et l'ordre de grandeur du coût.

Un projet qui démarre à quatre points et vise la quarantaine franchira presque certainement ces seuils. Le savoir dès le départ réserve l'emplacement du futur poste de livraison, l'accès des engins du gestionnaire de réseau et le chemin des câbles moyenne tension.

Deux leviers évitent de dimensionner à la somme des puissances unitaires. Le foisonnement, parce que tous les véhicules ne chargent pas en même temps à pleine puissance, puis le pilotage dynamique, qui répartit une enveloppe fixe entre les points actifs. Le second se décide en phase 1 : il suppose un réseau de communication entre bornes et superviseur, puis des mesures au tableau.

TGBT : réserver la place, la puissance et la mesure

C'est l'équipement le plus difficile à faire évoluer. Ajouter des départs dans un tableau plein suppose souvent de le remplacer, avec une coupure générale du site. Le dimensionner pour la cible sans l'équiper entièrement est la clé.

La norme fixe ce que chaque point exige. La section 722 de la NF C 15-100 impose un circuit spécialisé dédié, une protection par disjoncteur du circuit terminal pour chaque point de connexion, puis une protection différentielle propre à chaque point. Elle est de type B au minimum en mode 3. Un type A ou F associé à un dispositif de détection de courant continu est admis.

La conséquence est arithmétique. Chaque futur point de charge représente un départ complet au tableau : quarante points signifient quarante départs, auxquels s'ajoutent les auxiliaires, la supervision et l'éclairage.

Quatre réserves se prévoient dès la première phase. Le jeu de barres et l'arrivée dimensionnés pour l'intensité finale, la place physique des départs futurs avec leurs plastrons obturateurs, un pouvoir de coupure compatible avec un éventuel poste de transformation, puis la mesure par départ qui alimentera la gestion dynamique.

Pour un grand parc, une architecture en grappes vaut mieux qu'un tableau unique. Quelques armoires divisionnaires placées au plus près des groupes d'emplacements raccourcissent les câbles, limitent les chutes de tension et se prêtent au phasage, chaque tranche de points correspondant à une armoire branchée sur un départ déjà réservé.

Emplacements : figer la géométrie avant de poser la première borne

Un emplacement de recharge n'est pas une place de parking avec une borne. Sa largeur, sa longueur, la position du point de charge et la circulation autour déterminent qui pourra l'utiliser. Une fois l'enrobé fini, déplacer une borne coûte presque autant qu'en créer une.

Les places accessibles imposent leur trame. Plus larges et plus longues que les autres, elles doivent figurer dans le plan de la phase finale, faute de quoi l'extension oblige à redessiner les places existantes. Le bon réflexe consiste à dessiner d'emblée tous les emplacements, puis à n'équiper que ceux de la première phase.

Les massifs suivent la même logique. Couler dès le premier chantier les socles des phases suivantes, avec leurs réservations et leurs fourreaux bouchonnés, permet d'installer une borne sans fouille. Les protections contre les chocs s'ancrent plus facilement avant la finition du revêtement.

Deux contraintes de site se vérifient tôt. Les emplacements susceptibles de recevoir de la charge rapide se choisissent dès le départ, puisqu'ils demandent des câbles plus gros donc des fourreaux plus larges. Et sur une station-service, l'implantation tient compte des zones à risque d'explosion autour des distributeurs.

La qualification de l'installateur se projette aussi. Le décret n ° 2017-26 encadre l'installation des infrastructures de recharge et impose une qualification spécifique au-delà d'une certaine puissance, déclinée en niveaux selon la configuration. Le niveau retenu en phase 1 doit couvrir les phases suivantes, faute de quoi l'extension imposera un autre intervenant. Le cadre des qualifications est détaillé dans notre article sur l'essai Broof t3 en toiture photovoltaïque, la logique de pilotage dans celui sur le décret BACS.



Questions fréquentes sur une infrastructure de recharge évolutive

Que couvre exactement le pré-équipement réglementaire ?

Le décret n ° 2020-1696 et l'arrêté du 23 décembre 2020, en vigueur depuis le 11 mars 2021, définissent le pré-équipement d'un parc de stationnement. Il comprend les conduits de passage des câbles, dimensionnés pour autoriser un passage carré d'au moins 100 millimètres de côté, puis le dimensionnement en puissance de la portion de branchement alimentant le bâtiment, de façon à desservir au moins 20 % des emplacements. Il exclut en revanche les circuits terminaux, c'est-à-dire les câbles et protections de chaque point depuis le tableau général.

Pourquoi une extension coûte-t-elle plus cher que prévu ?

Parce que le prix tient aux travaux qui entourent la pose, non aux câbles eux-mêmes, dont la part dans la facture reste faible. Rouvrir une chaussée finie suppose démolition, évacuation, remblai, réfection de l'enrobé puis du marquage. Ces postes sont largement fixes, quel que soit le nombre de circuits ajoutés. S'y ajoutent un tableau souvent à remplacer faute de réserve, une exploitation interrompue pendant le chantier, puis le temps administratif d'une nouvelle demande de raccordement dès que la puissance dépasse le contrat existant.

Quels seuils de puissance changent le raccordement ?

Trois, chez le gestionnaire de réseau. Jusqu'à 36 kVA, le raccordement se fait en basse tension avec comptage direct. Au-delà et jusqu'à 250 kVA, il reste en basse tension triphasée, avec comptage indirect. Au-delà de 250 kVA, il bascule en moyenne tension, avec poste de livraison. Chaque franchissement change la procédure, le contrat et l'ordre de grandeur du coût. Un projet qui vise quarante points franchira presque certainement ces seuils, ce qui impose de réserver l'emplacement du poste dès la conception.

Comment dimensionner les fourreaux pour l’avenir ?

Sur les câbles de la phase finale, jamais sur ceux de la première. Les règles de pose usuelles, issues du guide UTE C 15-520, limitent la section occupée au tiers de la section intérieure du fourreau. Elles fixent une profondeur minimale de 65 centimètres sous trottoir, 85 sous chaussée, avec un grillage avertisseur rouge au moins 20 centimètres au-dessus. Un point de charge rapide en courant continu demande des sections sans rapport avec un point alternatif de 22 kW, ce qui impose de choisir dès le départ les emplacements susceptibles de le recevoir.

Que faut-il réserver dans le TGBT ?

Quatre choses. Le jeu de barres et l'arrivée, dimensionnés pour l'intensité finale après foisonnement et pilotage, car c'est la partie la plus coûteuse à reprendre. La place physique des départs futurs, idéalement avec leurs plastrons obturateurs. Le pouvoir de coupure, qui change si le site passe à un poste de transformation. La mesure enfin, une centrale à l'arrivée et une mesure par départ, sans lesquelles la gestion dynamique de puissance impose de recâbler le tableau après coup. Ces quatre réserves coûtent peu à la pose, beaucoup après.

Quelle qualification pour installer une borne ?

Le décret n ° 2017-26 encadre l'installation des infrastructures de recharge et impose une qualification spécifique de l'installateur au-delà d'une certaine puissance. Cette qualification se décline en niveaux, selon la configuration et la puissance de l'installation. Le point compte pour l'évolutivité : le niveau retenu pour la première phase doit couvrir les phases suivantes, faute de quoi l'extension imposera de changer d'intervenant, avec les délais et les reprises de responsabilité que cela suppose. Le niveau se vérifie donc à la commande de la première tranche.


Glossaire de l’infrastructure de recharge

IRVE

Infrastructure de recharge pour véhicules électriques. Le terme couvre l’ensemble bornes, câbles, protections et raccordement, et non le seul point de charge visible par l’usager.

Pré-équipement

Ensemble des conduits et dispositifs d’alimentation posés pour permettre l’installation ultérieure de points de recharge. Il exclut les circuits terminaux, câbles et protections de chaque point.

TGBT

Tableau général basse tension. Il reçoit l’arrivée du branchement et distribue les départs vers les circuits. C’est l’équipement le plus difficile à faire évoluer après coup.

Foisonnement

Principe selon lequel tous les points de charge ne fonctionnent pas simultanément à pleine puissance. Il permet de dimensionner le branchement en deçà de la somme des puissances unitaires.

Pilotage dynamique

Répartition automatique d’une enveloppe de puissance fixe entre les points actifs. Il suppose un réseau de communication entre bornes et superviseur, ainsi que des mesures au tableau.

Chambre de tirage

Regard enterré placé aux changements de direction d’un réseau de fourreaux. Il permet de tirer de nouveaux câbles sans rouvrir de fouille, puis de dériver vers une phase ultérieure.




Plus d'infos : Cet article a été réalisé avec le soutien de Madic France





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