Le nouveau four de la cimenterie d’Airvault (Deux-Sèvres) est désormais opérationnel, une première en France depuis près de 50 ans
Résumé pour les décideurs
Modernisation de la cimenterie d’Airvault : un site clé pour la décarbonation en France
La cimenterie d’Airvault, après plus de 350 millions d’euros investis, devient l’une des plus modernes d’Europe, capable d’utiliser jusqu’à 90 % de combustibles alternatifs et de réduire de plus de 30 % ses émissions de CO2. Ce projet, soutenu par l’État, la région Nouvelle-Aquitaine et l’Union européenne, marque une étape majeure pour la décarbonation industrielle et servira de référence pour de futurs projets de capture et valorisation du CO2.
- Une ligne de cuisson à voie sèche au cœur du procédé cimentier
- Un chantier industriel de grande ampleur sur 21 hectares
- Une performance environnementale basée sur les combustibles alternatifs
- Une modernisation soutenue par des financements publics
- Une étape préalable à la décarbonation profonde du site
- Un exemple concret d’évolution des cimenteries françaises
Bonne lecture !
La cimenterie d’Airvault (Deux-Sèvres) met en service une nouvelle ligne de cuisson, une première en France depuis près de 50 ans. Ce projet industriel de grande ampleur remplace deux lignes anciennes par un four à voie sèche plus performant, avec des objectifs affichés en matière de capacité, d’efficacité énergétique et de réduction des émissions.
Une ligne de cuisson à voie sèche au cœur du procédé cimentier
La mise en service du four 6 marque une évolution majeure du système constructif industriel du site. Cette nouvelle ligne repose sur un procédé à voie sèche avec précalcinateur, aujourd’hui standard dans les cimenteries modernes.
Ce type de four permet :
- une meilleure efficacité thermique,
- une réduction des consommations énergétiques,
- une optimisation de la cuisson du clinker, composant principal du ciment.
Un précalcinateur est un équipement permettant de réaliser une première décarbonatation du cru avant son entrée dans le four rotatif, réduisant ainsi la charge thermique globale.
Avec une capacité annoncée de 4 000 tonnes par jour, cette installation remplace deux anciennes lignes à voie semi-sèche, moins performantes sur le plan énergétique.
Un chantier industriel de grande ampleur sur 21 hectares
Le projet s’est déployé sur une emprise de 21 hectares, avec une durée totale de 1 289 jours entre le lancement et la production du premier clinker.
Les volumes mis en œuvre illustrent l’ampleur du chantier :
- 18 000 tonnes d’acier
- 38 000 m³ de béton
- jusqu’à 700 personnes mobilisées quotidiennement au pic d’activité
Ces données traduisent une opération complète de reconstruction d’outil industriel, impliquant des entreprises de gros œuvre, des bureaux d’études structures et des spécialistes en process cimentier.
« Avec la mise en service de cette nouvelle cimenterie à Airvault, Heidelberg Materials confirme son ambition d’investir durablement dans l’industrie française. »
Dans ce type de projet, la coordination entre maîtrise d’ouvrage, maîtrise d’œuvre et entreprises est déterminante, notamment pour respecter les contraintes de sécurité industrielle et les exigences de continuité d’exploitation.
Une performance environnementale basée sur les combustibles alternatifs
Le nouveau four est conçu pour fonctionner avec jusqu’à 90 % de combustibles alternatifs. Il peut s’agir de déchets industriels ou de biomasse, en substitution aux énergies fossiles.
Ce levier technique permet :
- de réduire l’empreinte carbone du procédé,
- de valoriser des déchets en énergie,
- de limiter la dépendance aux combustibles conventionnels.
L’objectif affiché est une réduction de plus de 30 % des émissions spécifiques de CO₂.
Cette évolution s’inscrit dans le cadre des exigences réglementaires européennes, notamment le système d’échange de quotas d’émission (EU ETS), qui impose aux industriels de réduire leurs émissions.
Cependant, l’utilisation massive de combustibles alternatifs nécessite :
- un contrôle strict des intrants,
- une adaptation des équipements de combustion,
- un suivi rigoureux des émissions atmosphériques.
Une modernisation soutenue par des financements publics
Le projet a bénéficié d’un soutien financier public :
- 24 millions d’euros via le plan France Relance
- 1 million d’euros de la région Nouvelle-Aquitaine
Ces dispositifs visent à accompagner la modernisation industrielle et la transition énergétique des sites de production.
Ce type d’investissement s’inscrit dans une logique de maintien de l’outil industriel sur le territoire, tout en améliorant ses performances environnementales.
Une étape préalable à la décarbonation profonde du site
La mise en service de cette nouvelle ligne constitue une première phase dans une stratégie plus large de réduction des émissions.
« C’est un chantier hors norme et une nouvelle page dans l’histoire plus que centenaire du site d’Airvault qui s’ouvre. »
Le site vise une trajectoire de 400 kg de CO₂ par tonne de ciment d’ici 2030, en ligne avec les objectifs du secteur.
Cette modernisation prépare notamment le déploiement du projet AirvaultGoCO2, centré sur le captage, le stockage et la valorisation du CO₂ (CCUS).
« Un socle solide pour engager la prochaine étape de décarbonation profonde du site. »
Le CCUS (Carbon Capture, Utilization and Storage) consiste à capter le CO₂ émis lors de la production, puis à le stocker ou le réutiliser dans d’autres applications industrielles.
Un exemple concret d’évolution des cimenteries françaises
La cimenterie d’Airvault devient ainsi une référence en matière de modernisation industrielle, dans un contexte où peu de nouvelles unités ont été construites en France depuis les années 1970.
Ce projet illustre une tendance de fond dans le secteur :
- modernisation des outils existants plutôt que construction ex nihilo,
- amélioration de la performance thermique de l’enveloppe industrielle,
- intégration progressive de technologies de décarbonation.
Pour les acteurs du bâtiment, notamment les entreprises de gros œuvre et les prescripteurs, ces évolutions impactent directement la chaîne de valeur :
- disponibilité des matériaux,
- empreinte carbone des ouvrages,
- conformité aux normes environnementales (RE2020, taxonomie européenne).
La transformation du site d’Airvault montre que l’optimisation des procédés industriels reste une étape indispensable avant toute rupture technologique majeure.
Foire aux questions
Quelle est la particularité de la nouvelle cimenterie d’Airvault ?
La cimenterie d’Airvault, inaugurée après un investissement de plus de 350 millions d’euros, est l’une des plus modernes d’Europe et peut fonctionner avec jusqu’à 90 % de combustibles alternatifs.
Quels sont les objectifs environnementaux du site d’Airvault ?
Le site vise à réduire de plus de 30 % ses émissions de CO2 spécifiques, grâce à l’optimisation des procédés et l’utilisation massive de combustibles alternatifs.
Quel est le rôle du projet AirvaultGoCO2 ?
AirvaultGoCO2 prépare la prochaine étape de décarbonation du site, avec un dispositif dédié au captage, stockage et valorisation du CO2, soutenu par des financements européens et nationaux.
Glossaire thématique
Four à voie sèche
Procédé de cuisson du clinker dans lequel le cru est transformé sans ajout d’eau, permettant une meilleure efficacité énergétique.
Précalcinateur
Équipement réalisant une première décarbonatation du cru avant son entrée dans le four rotatif, réduisant la consommation énergétique du procédé cimentier.
Combustibles alternatifs
Matières utilisées en remplacement des énergies fossiles, comme les déchets industriels ou la biomasse, visant à diminuer l’empreinte carbone.
Clinker
Composant principal obtenu par cuisson dans le four cimentier, base de la production de ciment.
CCUS
Technologie de captage, stockage et utilisation du CO₂, destinée à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans l’industrie.
RE2020
Réglementation environnementale française imposant des exigences de performance énergétique et de réduction d’émissions de CO₂ dans le bâtiment.